Claude Debussy: ouvrir la brèche
Compositeur, pianiste accompli mais aussi critique musical (sous le pseudonyme de Monsieur Croche), Claude Debussy a bousculé les traditions du romantisme du XIXe siècle et a ouvert la voie aux explorations sonores qui devaient caractériser le XXe siècle.
Tout jeune pourtant, il pensait consacrer sa vie à la peinture alors que lors d’un séjour prolongé chez son parrain Achille Arosa, courtier en tableaux et collectionneur, il tombe sous le charme de Camille Corot, Eugène Delacroix, Gustave Courbet, Honoré Daumier, Robert Turner et de tous les impressionnistes (voir encadré). À l’âge de neuf ans, il découvre la musique et commence des leçons avec Madame Mauté, ancienne élève de Frédéric Chopin. L’année suivante, il entre au Conservatoire de Paris, institution qu’il fréquentera pendant dix ans. Étudiant brillant mais rebelle, il a maille à partir avec l’académisme de plusieurs de ses professeurs. En classe d’improvisation avec le compositeur César Frank, alors que celui-ci s’exclame : « Modulez! Modulez! », Debussy répond avec aplomb : « Pourquoi? Je suis parfaitement heureux où je suis! » À Ernest Guiraud, son professeur de composition, qui lui dit : « Je ne dis pas que ce que vous faites n’est pas joli, seulement que c’est théoriquement absurde », il rétorque : « Il n’existe pas de théorie. Vous n’avez qu’à écouter. Le plaisir est la loi. »
Debussy fréquente les impressionnistes avant de se joindre aux soirées hebdomadaires organisées par Stéphane Mallarmé dans son appartement de la rue de Rome, réunissant les poètes symbolistes (pour qui l’art doit faire appel, avant toute chose, aux sens et à l’intuition) Charles Baudelaire, Paul Verlaine et Arthur Rimbaud mais aussi le peintre Claude Monet, le sculpteur Auguste Rodin et les romanciers Paul Claudel et André Gide.
Rapidement, il s’affranchit du romantisme et ouvre la porte aux compositeurs de musique atonale en privilégiant les atmosphères plutôt que les harmonies définies, les modes antiques plutôt que les modes majeur ou mineur, un certain glissement de la pulsation (qui donne à l’auditeur une impression de « temps suspendu » et de grande liberté), des mélodies éthérées, presque impossibles à solfier mais qui semblent suggérer l’image de la mélodie elle-même.
On peut écouter ici quelques-unes de ses œuvres maîtresses pour piano, interprétées par Francine Kay.

